Locorail

 Du 18 avril au 25 novembre 2012, l’exposition présente une trentaine de planches originales et des dessins préparatoires de La Douce, la nouvelle bande dessinée de François Schuiten aux éditions Casterman. Ce nouveau récit que, pour la première fois, Schuiten signe de son seul nom, conte l’attachement déraisonnable d’un machiniste pour sa locomotive, la « 12 », la motrice la plus rapide de l’époque.

François Schuiten, irrésistiblement attiré par ce mode de transport, préfère le rêver à partir des livres, des images, des récits et des objets. Sa passion est présente depuis l’enfance, elle traverse toute son œuvre. Depuis les Médianes de Cymbiola (avec Claude Renard) jusqu’à la scénographie de l’exposition consacrée au Transsibérien dans le cadre d’Europalia Russie.


La Maison Autrique propose, conjointement à la partie d’exposition consacrée à l’album La Douce, des maquettes, des photographies, des plans, films d’archives sur la célèbre locomotive et son environnement, dans une scénographie de François Schuiten. Bien au-delà du simple accrochage cette « exposition-spectacle », vise avant tout une immersion du visiteur dans l’atmosphère ferroviaire passée et actuelle. Il s’agit toujours d’un voyage, dans le temps et l’espace, un voyage immobile, différent.

 

L'album

Léon Van Bel est le mécanicien-chauffeur de La Douze, une locomotive à vapeur d’une incroyable vélocité. Il connaît son métier sur le bout des doigts et peut mener sa machine à bon port dans n’importe quelles conditions. Et les conditions, justement, se dégradent de plus en plus. L’eau monte de manière inexplicable un peu partout dans le pays, recouvrant de plus en plus souvent les rails. Le chemin de fer vit ses dernières heures. Les autorités ont choisi les airs. Désormais, tout se transporte par téléphérique, les biens comme les gens. Léon voit le rail disparaître et ses collègues rejoindre l’électrique aérien. Impossible pour lui. Impossible aussi de laisser sa machine partir à la casse. Ce serait mourir.

La Douce, ce pourrait être l’histoire d’un homme qui refuse le progrès, c’est en tout cas ce qu’un lecteur peu attentif pourrait conclure à la lecture de ces quatre-vingt pages. Mais c’est surtout une histoire de transmission. Transmission entre un vieil homme usé et une jeune fille farouche, muette de naissance. Transmission par ceux qui voient leur génération abandonner des outils et des savoirs. On est là au cœur des préoccupations de Schuiten, obsédé depuis toujours par la question patrimoniale, par la trace que laissent les aînés et par ce qu’en font ceux qui les suivent. En cela, La Douce peut être vu non pas comme un album sur le refus de la modernité, mais comme un cri vibrant en faveur de la conservation des connaissances et des trésors patrimoniaux.

 

François Schuiten

François Schuiten n’a pas vingt ans lorsqu’il publie en 1973 ses premières planches de bande dessinée dans Pilote. Né en 1956 dans une famille d’architectes, il rencontre son futur complice Benoît Peeters sur les bancs de l’école en 1968. Ce n’est pourtant pas en sa compagnie qu’il fait véritablement son entrée en bande dessinée, au terme de ses études à Saint-Luc à Bruxelles, mais sur des histoires de son frère, Luc.

C’est finalement en 1982 que François Schuiten et Benoît Peeters donnent naissance à leur première œuvre commune. Les lecteurs du magazine (À SUIVRE) découvrent Les murailles de Samaris. Depuis, les deux hommes ne se sont plus quittés. Ils ont conçu des livres de toutes les tailles et de toutes les formes dans le cadre des Cités Obscures. Depuis le milieu des années 80, il collabore avec divers cinéastes pour lesquels il imagine décors et costumes de personnages (Just Jaeckin pour Gwendoline, Raoul Servais pour Taxandria, Jaco Van Dormael pour Toto le Héros et Mister Nobody). Il s’est également illustré comme scénographe, que ce soit dans des lieux publics (métro Porte de Hal à Bruxelles et Arts & Métiers à Paris) ou dans de vastes expositions (Le pavillon des utopies à Hanovre en 2000). Il travaille actuellement sur un vaste projet de musée ferroviaire qui prendra place à un jet de pierre de sa maison, à la gare bruxelloise de Schaerbeek.

Trente ans après leurs débuts, les deux créateurs des Cités Obscures se séparent le temps d’un livre. La Douce est en effet la première bande dessinée entièrement réalisée – scénario et dessins – par François Schuiten.

 

La 12.004

La Type 12 Atlantic est une des plus belles locomotives à vapeur jamais réalisées en Belgique, plus précisément à Seraing par Cockerill et Associés. Elle est toujours la fierté des collections historiques ferroviaires. Six exemplaires furent construits de cette machine extraordinaire, au look futuriste, à la technologie sophistiquée et aux roues monumentales de deux mètres de diamètre. Ils apparurent sur le réseau belge en 1939.

La Type 12 était la plus robuste de l’époque. Le 12 juin 1939, entre Bruxelles-Midi et Ostende-Quai, la 12.002 tracta quatre voitures en acier remplies de personnalités et représentants de la presse. Elle parcourut les 114,3 km de trajet en une heure, avec un arrêt d’une minute à Bruges. Le trajet Bruxelles-Bruges valut à la SNCB le fameux « Ruban bleu » pour le train vapeur le plus rapide du monde : les 92,4 km furent « avalés » en 46 minutes, à une moyenne de 121 km/h avec des pointes à 165 km/h !

La locomotive fut utilisée commercialement sur la ligne Bruxelles-Ostende et Bruxelles-Tournai-Lille. Quatre ans avant la fin de la traction « vapeur » en Belgique (1966), la dernière Type 12, la 12.004, rentra à l’abri du musée de Louvain d’où elle sortit encore pour des trajets touristiques et événements exceptionnels.

(c) Rémi Desmots (photos)

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Infos

Date : 2012-04-18
Date de fin : 2013-03-03
Expositions
Locorail

La maison autrique

Adresse

Chaussée de Haecht 266
1030 Schaerbeek
Belgique

Heures d’ouverture

Du mercredi au dimanche,
de 12 à 18 heures
(dernière admission à 17h30).

Fermé les jours fériés.

 

Tarifs

Adultes : €7,00
Groupes, seniors, étudiants : €5,00
Enfants, schaerbeekois : €3,00
Article 27 : €1,25