Edgar P. Jacobs & l'Espadon Ziller – Juillard

Gilles Ziller et André Juillard exposent leurs créations nées des images inoubliables de Blake et Mortimer.
Une évocation spectaculaire de l'ambiance que Edgar P. Jacobs a su créer au sein du Secret de l'Espadon.


 

Avec le soutien de:
Archives Internationales
Éditions Blake et Mortimer / Studio Jacobs
Fondation E.P. Jacobs
Sonuma
la Région de Bruxelles-Capitale

 

 Gilles Ziller & Archives Internationales

Savoir-faire et qualité d’une technique manuelle au service de l’image et de la couleur

Après des études de graphiste plasticien, Gilles Ziller enseigne le graphisme aux Beaux-Arts de Nancy et la sérigraphie aux Art Décoratifs de Paris. Parallèlement, il édite des estampes en grand format extraites de planches de bande dessinée. Cette activité qui se développe en marge du marché de la BD est relativement nouvelle.

Gilles Ziller crée les Archives Internationales en 1985 et se spécialise dans ce type de produits dérivés de luxe. Autour de l’édition de sérigraphies s’articule toute une série de ramifications aux formes diverses mais qui sont toutes conçues dans le souci d’une ligne graphique bien définie : logo, tampon, papier à lettre, cartes de vœux, catalogues.

Gilles Ziller choisit une image pour laquelle il éprouve une attirance purement instinctive. Elle doit être suffisamment colorée, elle doit offrir un bon reflet de l’univers du dessinateur et doit avoir beaucoup d’impact une fois isolée sur un mur.

La sérigraphie est un excellent révélateur de trait. Avec la plume et le pinceau, on a une beauté gestuelle, une modulation du trait véritablement graphique. La sérigraphie est la technique idéale pour la reproduction des à-plats et du dessin au trait. Ziller intervient avec légèreté sur les images qu’il utilise sans craindre le sacrilège. Un travail de transposition s’impose avec de nouveaux impératifs : ceux d’une image murale qui n’a plus le statut de case dans un album. Il enlève parfois quelques détails et rajoute des lumières, des ombres.

Les images de Jacobs ont une force de suggestion narrative, un effet romanesque. Si la peinture ne doit pas être anecdotique, la bande dessinée a ce côté merveilleux de nous restituer cette dimension narrative délaissée depuis longtemps.

Ziller était le premier à éditer E. P. Jacobs en sérigraphie. Ziller travaille déjà sur les planches de Jacques Tardi quand il fait part de sa fascination pour Blake et Mortimer aux éditions du Lombard à Bruxelles qui s’étonnent d’un tel intérêt. À cette époque, Jacobs fait figure de gloire du passé. Ziller insiste. Rendez-vous est pris avec l’auteur oublié... à la cafeteria du supermarché Delhaize de Waterloo ! C’est par une nuit d’hiver, sur le parking d’une grande surface, après quelques appels de phares codés, que les deux hommes se rencontrent pour la première fois. De bande dessinée, il ne sera pas question au cours de cette entrevue, où Edgar P. Jacobs ne parle que d’opéra, sa véritable passion. Il en résulte cette sérigraphie de plus de 25 passages de couleur, extraite de La Marque jaune et signée de la main de l’auteur. Pour l’anecdote, c’est Jacques Tardi qui attire l’attention du sérigraphe sur cette case exemplaire de l’art narratif de Jacobs.

Suite à cette première réalisation de 1980, Gilles Ziller et E.P. Jacobs se rencontreront régulièrement jusqu’au décès de celui-ci en 1987. Plutôt discret et vivant retiré à cette époque, Jacobs s’est montré intéressé par le travail sérigraphique et toujours très attentif à la transcription faite de ses dessins, tant au niveau de la mise en page qu’en ce qui concerne les couleurs. Jacobsien féru, Ziller avoue que le personnage ne l’a pas déçu et qu’il reste pour lui le « Grand dessinateur ».

 

Les auteurs parlent de Jacobs...

Jacques Van Melkebeke « Jacobs et moi sommes deux frères siamois. Nous sommes très différents, mais nous nous connaissons depuis si longtemps qu'il existe entre nous des affinités très fortes : lorsqu'on s'écoute l'un l'autre, on a parfois l'impression de s'entendre parler soi-même... [...] Je joue un rôle important, mais Jacobs est vraiment l'auteur de Blake et Mortimer : il a toujours l'idée générale, qu'il rédige en synopsis. Ma présence se situe au moment où son histoire est déjà jetée dans les grandes lignes. Je ne lui donne que des suggestions et, quand je lui livre un pré-découpage, il retient l'esprit des situations et des dialogues pour se les approprier complètement. » (Benoît Mouchart, A l'ombre de la ligne claire. Jacques Van Melkebeke le clandestin de la BD, Vertige Graphic, 2002)

André Franquin « Edgar P. Jacobs restera pour moi l’auteur de bandes dessinées ‘réalistes’ le plus important que la Belgique ait jusque ici connu. Son ‘réalisme’ fut une transposition du réel extrêmement originale. Il est peut-être le seul à avoir réussi à créer les images inoubliables. Et créer des images inoubliables, c’est pour tous les dessinateurs l’aboutissement suprême. Celui dont, tous, nous rêvons et que nous essayons d’atteindre. Jacobs, lui, y est magistralement parvenu. » (Tintin n°13, 42e année, mars 1987)

François Rivière « Jacobs est un étonnant démiurge. Un créateur magique. Plus encore, peut-être, un initiateur hors-pair. Il a fait naître c’est sûr, de nombreuses vocations d’amateurs de mystères, de fantastique et d’anticipation scientifique, de même que, de façon plus restreinte, peut-être, des passions pour l’archéologie, l’anglophilie, la cybernétique – et nous savons bien que nous n’exagérons pas ! Les œuvres de Jacobs sont en effet plus que de simples romans d’aventures, encore qu’il convienne d’admettre que c’est en fonction de critères réservés à la littérature (et jamais appliqués aux bandes dessinées) qu’il faut les juger et les analyser. » (À l'ombre de la ligne claire. Jacques Van Melkebeke...,op.cit.)

Philippe Druillet « Il est aujourd’hui très difficile d’imaginer, pour les jeunes lecteurs, l’influence d’Edgar P. Jacobs dans l’imaginaire de nos générations. Avec Blake et Mortimer, Jacobs nous a emmenés sur des chemins de culture prodigieux et la force de sa narration a orienté des vies. Des jeunes ont décidé de devenir archéologues après avoir lu Les Secrets de la grande pyramide. À une époque où les pauvres de mon genre ne voyageaient pas, son imaginaire nous transportait dans des mondes fabuleux. À une époque où la BD était totalement méprisée, il a eu une influence énorme sur les lecteurs. J’ai connu Londres avec La Marque jaune ; si j’ai lu des centaines d’ouvrages sur l’Atlantide, c’est encore grâce à lui.
Jacobs faisait un travail formidable sur les sujets de ses albums. Tout est reproduit avec une grande minutie. J’aime aussi ses couleurs. J’aime ces jaunes mystérieux. » (Delirium. Autoportrait, éd. Les Arènes, 2014)

Jean Van Hamme « Parmi les histoires que publiait alors Tintin, on s’intéressait un peu à Corentin et pas du tout au Temple du soleil. Non, à l’école, nous ne parlions que de cet Espadon en avance sur son temps. On se demandait ce qui allait se passer la semaine suivante. On imaginait des rebondissements dont on débattait ensuite mais surtout, on poursuivait notre professeur de modelage qui était maquettiste aux Éditions du Lombard. Il avait donc plusieurs semaines d’avance sur nous. On l’assaillait, on le suppliait de nous raconter la suite. Il n’a jamais cédé. » (Jean-Luc Cambier, Eric Verhoest, Blake et Mortimer. Histoire d’un retour, éd Blake et Mortimer, Dargaud, Paris, 1996)

 

E.P. Jacobs et L’Espadon

Edgar Pierre Jacobs, né en mars 1904 à Bruxelles, est devenu auteur de bandes dessinées à 40 ans. Auparavant, il a été chanteur d’opéra – carrière sur laquelle il comptait plus que nulle autre –, dessinateur pour des grands magasins, etc. Avant d’être une des personnalités les plus en vue du Journal Tintin, il a achevé le Flash Gordon d’Alex Raymond pendant l’Occupation pour Bravo ! C’est encore pour ce journal qu’il a créé Le Rayon U, sa première bande dessinée, dans cette même veine fantastique. Il a également tenu le rôle de coloriste et décoriste d’Hergé dès 1943. Tout au long de sa carrière d’auteur de BD, Jacobs n’a cessé d'expérimenter différentes techniques et divers styles.

En 1946, le JournalTintin, dont Jacques Van Melkebeke était le premier rédacteur en chef, fait appel à son talent de dessinateur et scénariste pour la réalisation d’une série d’anticipation. Les autres auteurs ayant tous conçu des aventures historiques ou fantastiques, Jacobs est chargé de concevoir une bande dessinée réaliste et contemporaine. Il modifie donc les ébauches qu’il avait préparées comme suite au Rayon U (Neptunium 332, Le Rayon d’argent) et crée le trio Olrik-Blake-Mortimer « contraint et forcé » ! Le Secret de l’Espadon est né et paraît chaque semaine en dernière page du journal.

L’Espadon est un avion sous-marin, un appareil capable d’affronter l’ennemi et de se soustraire à sa surveillance. De manière surprenante pour une histoire destinée aux enfants, Le Secret de l’Espadon offre aux lecteurs le point de vue des « méchants » à travers les préparatifs de guerre de l’empereur Basam-Damdu. Fait quasiment unique dans l’histoire des héros de BD, c’est du diabolique Olrik que les petits lecteurs font d’abord la connaissance.

Ce récit uchronique (branche de la science-fiction qui décrit ce qui aurait pu advenir si le sens de l’Histoire avait pris d’autres directions) s’inspire des récits de Conan Doyle, d’H.G. Wells et de Jules Verne. Tout comme Verne, les histoires de Jacobs ont besoin d’attaches terriennes solides qui demandent un grand travail de documentation et de réalisation.

Ses cases fourmillent de détails, les décors et couleurs sont contrastés : chez Jacobs, les cases constituent parfois en elles-mêmes de petits tableaux. De la même manière, ses planches sont tellement symétriques que, même isolées, elles conservent leur harmonie et une certaine valeur décorative.

Sur le plan des dialogues et de la narration, Jacobs assimile, après quelques tâtonnements, le placement des phylactères (l’édition originale du Rayon « U » n’en comportait pas) tout au long de la parution dans le journal. À cet égard, le déséquilibre entre le début et la fin du Secret de l’Espadon était tel que, pour la parution en album, l’auteur a dû faire une refonte des 18 premières planches pour ajouter des phylactères. Autre raison qui a mené à ce remodelage, c’est Jacques Van Melkebeke qui a encré les crayonnés de ces 18 premières planches. Le dessin de ‘Van Melk’, l’Ami Jacques, est tellement plus porté sur la stylisation que celui de Jacobs que les intentions originelles de l’auteur s’en trouvaient modifiées. C’est donc aussi pour effacer les différences de style que Jacobs a redessiné les premières pages du Secret de l'Espadon avant leur publication en album.

LeSecret de l’Espadon inaugure les aventures de Blake et Mortimer et remporte un succès immédiat qui ne s’est pas démenti depuis.

 

André Juillard & Yves Sente
Le Bâton de Plutarque

En 2000, André Juillard et Yves Sente se projettent dans l’univers de Blake et Mortimer avec une première collaboration : La Machination Voronov.

Juillard est le dessinateur de la grande saga Les 7 vies de l’Épervier qui l’a fait entrer dans le cercle des auteurs de la bande dessinée classique contemporaine. Parmi ses autres grandes réussites, on peut citer l’intimiste Cahier bleu grâce auquel il a remporté le prix du meilleur album au festival d’Angoulême 1995 et le Grand Prix l’année suivante.

Issu du monde de l’édition, Yves Sente est quant à lui devenu scénariste grâce aux aventures de Blake et Mortimer. Il participe également aux séries Thorgal et XIII.

Depuis qu’ils collaborent aux aventures de Blake et Mortimer, Juillard et Sente ont pris un malin plaisir à parsemer l’histoire de références à la série originelle mais ont aussi introduit des événements et des personnages réels ou des allusions à des œuvres connues. Cela leur a permis de respecter l’univers de l’auteur tout en ancrant le récit dans notre présent puisque certaines propositions technologiques ou situations crédibles à l’époque de Jacobs ne le sont plus forcément pour des lecteurs du 21e siècle.

Que s’est-il passé avant Le Secret de l’Espadon ? Que faisaient Blake et Mortimer pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Comment ont-ils fait la connaissance d’Olrik ? C’est ce que raconte Le Bâton de Plutarque, le sixième récit de ce duo et dernier album en date, fraîchement paru. Tout commence en 1942 quand un avion nazi s’approche de Londres. Tout s’achève en 1944, 90 minutes à peine avant que ne commence le légendaire Secret de l’Espadon.

(c) Rémi Desmots (photos)

Expo EPJ 35 to 41 BIS

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Infos

Date : 2014-12-05
Date de fin : 2015-02-15
Expositions
Edgar P. Jacobs & l'Espadon Ziller – Juillard

La maison autrique

Adresse

Chaussée de Haecht 266
1030 Schaerbeek
Belgique

Heures d’ouverture

Du mercredi au dimanche,
de 12 à 18 heures
(dernière admission à 17h30).

Fermé les jours fériés.

 

Tarifs

Adultes : €7,00
Groupes, seniors, étudiants : €5,00
Enfants, schaerbeekois : €3,00
Article 27 : €1,25